L'EXCLUSION OU LA MARGINALISATION
L'exclusion ou la marginalisation
Avant d'entamer notre processus de réflexion sur l'exclusion, nous sommes contraints de revenir un peut en arrière dans le temps, c'est-à-dire à la genèse, le temps de la création du monde et par la suite la création de l'être humain. D'après la genèse, l'homme a été créé après que Dieu eut créé de chaque chose une paire sur cette terre qu'il avait créée auparavant au bout de six jours.
La première exclusion fut celle d'Adam et Eve car ils avaient transgressé les lois divines et les mises en garde du « Seigneur de deux mondes ». En effet, Adam et Eve furent exclus du Paradis dans lequel ils avaient été créés et furent descendus vers la terre, accompagnés de leur associé dans la transgression des lois divines qui n'est autre que Satan, honni soit-il.
A partir de ce moment, nous enregistrons deux possibilités d'exclusion, l'une volontaire et l'autre subie.
Il ya plusieurs sortes d'exclusion. L'écrivain par exemple, lorsqu'il écrit, il s'exclut lui-même du monde réel pour entrer de plein pied dans le monde fictif de la trame de son roman, de son conte, ou de sa nouvelle. S'il ne s'intègre pas totalement dans les personnages de son roman, il ne pourra pas relater son récit dans ses fondements propres. Sa propre marginalisation est si l'on veut tout à fait volontaire. Nous avons l'autre cas, par exemple, l'enfant lorsqu'il joue : Il se marginalise lui-même du monde des adultes, même si vous êtes à côté de lui, sans, bien sûr, le toucher, ni le héler, il restera dans son petit monde imaginaire, bien à lui, et il se mettra au ban de la société adulte pour un certain temps, c'est-à-dire, le temps de son histoire, de son mime ou de son « jouer à être ».
Nous avons aussi, une autre forme de marginalisation qui est utilisée par certaines sectes, ils se marginalisent eux-mêmes, comme les « Aïssaouas » par exemple qui entrent en transes et se marginalisent eux-mêmes pour mieux s'intégrer dans leur monde mystique.
Une autre forme de marginalisation, celle de l'individu qui n'accepte plus les règles d'une certaine société, qui n'accepte plus de subir, par exemple, les sarcasmes des gens qui l'entourent. On peut dire que c'est une exclusion spirituelle volontaire et c'est peut-être par là que commence la démence.
Nous avons aussi un autre cas de marginalisation dans des situations de morts violentes quelles que soient leurs origines, où l'individu rejette complètement la réalité, oublie, ou plutôt sombre volontairement dans l'oubli pour ne point subir encore cette agression psychique et physique, cet acharnement, ce qu'il a vu au cours d'un meurtre ou d'un accident ayant entraîné la mort d'êtres chers. Il rejette complètement la réalité et se retrouve marginalisé par son subconscient, il devient ainsi marginalisé de lui-même. C'est un cas psychosomatique qui ne peut être soigné que par un spécialiste en matière de psychanalyse. Et si guérison, il y a, elle devrait obligatoirement passer par la mise en condition ou la mise en situation primaire pour essayer de faire ressortir les causes qui ont permis et concouru à cette marginalisation psychologique propre à l'individu, alors, au psychanalyste de mettre son patient dans un état de transe par le biais de l'hypnose pour le remettre dans la situation primaire afin de déceler le clic qui pourrait déclencher les choses enfouies dans son subconscient et qui pourront refaire surface dans la partie consciente de son cerveau et lui permettre ainsi, après un traitement psychologique, d'admettre la réalité et y faire face.
Nous pouvons dire que l'exclusion existe et est visible aussi, au sein de la cellule familiale, lorsque l'enfant est exclu par ses parents qui ne l'acceptent pas et qui ne tiennent pas à l'élever, d'une part, ou à qui l'on rabâche à longueur de journée, qu'il est un bon à rien, qu'il ne fait rien de bon, et qu'il ne peut en être autrement pour lui, qu'il est une charge et, en quelque sorte, une tare de la cellule familiale. Surgit alors un renfermement sur soi, un dénigrement de la cellule familiale. Nous pouvons dire que l'enfant, de par son exclusion, cette marginalisation forcée, cette agression spirituelle avant tout, puis par moment, physique, où l'on demande à l'enfant, sous forme de correction, de se mettre au coin, de ne pas parler, de ne pas faire ceci ou cela, qui vaudrait à l'exclure de la vie de la cellule familiale. Cet état de fait va agir sur le conscient et sur le subconscient de l'enfant qui va devenir de plus en plus timide, ou de plus en plus turbulent, suivant les cas et suivant la personnalité propre de chaque enfant en pareil cas. Au fil des années, il se jettera lui-même dans les méandres de la vie et de la délinquance. Il n'aura de ce fait, non point une « dent » contre la cellule familiale mais contre toute la société en général. Il sera alors, l'enfant terrible de la cellule familiale et de la société, dans un contexte beaucoup généralisé. Il ne les verra plus d'un bon œil et fera de sa contradiction avec la cellule familiale et la société, une raison de vivre pour porter atteinte à ces dernières qui l'ont plus ou moins frustré pendant son jeune âge.
Au niveau du système scolaire, il y aussi une autre forme d'exclusion scientifique, culturelle et sociale. Elle a pour but d'évincer un élève du cursus scolaire où il avait peut-être une possibilité de percer et de devenir un élément galvanisateur de cette même société. Il faut, entre autre, à l'avenir, éviter, dans les résultats de fin d'année, de mettre comme annotation, la mention « exclu » ou « orienté vers la vie active ». Ce sont des expressions qui ajoutent à la déroute et au désarroi de l'élève ainsi évincé. Il faut les éviter par mesure psychologique, pour permettre à l'enfant de ne pas se sentir lésé et en même temps touché dans sa personnalité propre. Avec ces expressions ou annotations, nous sommes en train de lui dire qu'il est inutile pour cette société, qu'il ne pourra jamais s'adapter aux règles de cette société, qu'il est marginalisé quoi qu'il fasse. Alors, la dérive totale commence à partir de l'instant où il est mis en connaissance de ces deux paramètres de notation. Ou bien l'enfant a une personnalité forte et alors, il ne comptera que sur lui-même et pourra surmonter tous les obstacles qu'il rencontrera durant son quotidien et durant sa vie en général, auquel cas il se remettra de son état psychologique de non-être et pourra se forger par lui-même car sa volonté a pris le dessus sur l'état de son exclusion forcée et qu'il considère par moment comme une atteinte à sa personnalité et à son devenir propre. Il observera alors une réaction animale de survie et fera tout ce qui est en son pouvoir pour sortir de cet état de fait psychologique dans lequel il a été plongé malgré lui. Lorsqu'il a une personnalité faible, il subira tous les aléas de la vie sans broncher et sans pouvoir y faire face et deviendra par la force des choses, un suicidaire éventuel ou un délinquant notoire.
Nous pouvons recenser une autre forme d'exclusion, c'est-à-dire, dans l'enseignement. Lorsqu'un instituteur exclut l'un de ses élèves, sous prétexte qu'il ne comprend ou qu'il est turbulent, voire même agitateur, ou pour plusieurs autres prétextes. Il y a une exclusion physique, une exclusion spirituelle ainsi qu'une exclusion culturelle. Nous avons plusieurs cas : Dans l'exclusion culturelle, nous pouvons classer dans cette première catégorie, certains écrivains qui se cloisonnent dans leur monolingue et essaient d'exclure toute autre forme de culture plurilingue. Ils deviennent par la même, sujets à des fantasmes qui ne reflètent en rien l'idiome de « culture », ni d'éducation. Ils se sont mis eux-mêmes au ban de la société, en se disant qu'ils sont les meilleurs et qu'ils détiennent une vérité sans pour autant être des lumières dans ce domaine. Ils excluent les autres langues et par la même occasion les autres écrivains dans des langues différentes de la leur, car ils ne les comprennent pas. Ils ne peuvent pas s'approprier les autres langues et en faire leur outil de langage et d'écriture. Je ne généralise point, en disant qu'il y a quand même une minorité parmi ces écrivains qui reconnaissent le bien fondé de l'apprentissage d'une langue seconde ou troisième afin de pouvoir mieux communiquer, atteindre et envoyer le message dans le milieu dans lequel ils vivent.
Nous avons une autre exclusion qu'on pourrait appeler « exclusion littéraire » ou « artistique », par exemple, dans les maisons d'édition, il est créé des comités de lecture qui se targuent de détenir la vérité et se permettent d'exclure de nouveaux arrivants dans le monde de l'édition. Nous savons pertinemment qu'un auteur, quel qu'il soit, ne peut être jugé que par un lectorat assez large et varié dans son processus de jugement, qui pourra décider de la validité ou non des ses œuvres. Nous avons plusieurs cas de figure dans ce sens où des écrivains ont été refusés par les comités de lecture de maisons d'édition que j'appellerais « grosses cylindrées de l'édition ». Ils ont créé leur propre maison d'édition (Maspero – Maison créée par l'auteur du même nom durant la guerre d'Algérie) et ont permis à d'autres écrivains, rejetés comme eux du cursus littéraire, d'être édités et sont devenus par la suite des Prix Nobel de Littérature, tel Claude Simon. C'est un cas de figure assez probant que je voulais porter à la connaissance de mes lecteurs, mais beaucoup de cas de ce genre ont jalonné le monde de l'édition. J'ai appelé cela, l'exclusion littéraire ou artistique. D'un autre côté, l'exclusion artistique se définit peut-être comme suit : L'artiste qui ne suit pas le conformisme de ses pairs parmi ceux qui l'ont précédé, voit son œuvre non valable et rejetée parfois même par les critiques d'art. Cet état de fait dénote de la peur de l'être humain pour toute chose nouvelle. L'être humain, dans sa faiblesse propre a toujours peur de la nouveauté qui représente pour lui tous les signes de l'infini et du néant toujours indéchiffrables, à ses yeux. Nous nous cloitrons dans un certain conformisme maladif parfois qui nous amène à passer à côte de la « plaque ». Dans ce cas de figure, le nouvel artiste est exclu de la société d'artistes et devient plus ou moins « paria » et ne peut en aucun cas intégrer cette société d'artistes ou disons plutôt, ce cercle fermé de conformistes.
La timidité, le non-savoir-faire, peuvent être aussi des moteurs de la marginalisation. Nous pouvons le constater chez un groupe d'enfants qui jouent et qui excluent un membre de leur petite communauté. Ils le mettent au ban de celle-ci. Son non-savoir-faire peut lui engendrer aussi, son exclusion de la part du groupe. Il y a aussi un certain égocentrisme groupal qui peut exclure un individu parce qu'il ne ressemble en aucun cas, à leurs visions et à leurs comportements. Il est considéré alors comme anormal et c'est pour cela qu'il sera alors mis au ban du groupe. Il y a une autre forme d'exclusion, toujours dans le groupe d'enfants, lorsque l'un d'eux ne partage pas son goûter ou ses affaires avec un groupe. Ce groupe devient la société qui va l'exclure jusqu'à ce qu'il paie son tribut. D'un autre côté, la timidité est un moteur d'exclusion au sein de la société. La peur de ne pas savoir faire, de ne pas savoir dire, peut exclure l'individu du milieu dans lequel il vit. La frustration peut être aussi un moteur d'exclusion car chez quelqu'un d'assez sensible, cela peut l'amener à un renfermement sur soi et à un dénigrement de tout ce qui l'entoure. Par le fait d'enlever à quelqu'un le droit élémentaire de parler ou de dire ce qu'il pense, il se recroquevillera sur lui-même et pensera qu'il n'a plus droit de cité et alors, il se marginalise lui-même volontairement avec tous les aléas qu'il peut rencontrer et avec tout ce qu'ils peuvent engendrer, de par son exclusion et sa marginalisation, il devient peut-être « terroriste », ou peut-être « délinquant », « meurtrier » ou « assassin » et tout ce qui peut en découler. L'on doit savoir que l'exclusion a plusieurs facettes. Dans cette société, l'exclusion est permanente et présente au sein de chaque groupement d'individus ou d'enfants. Nous avons aussi le cas de certains responsables qui, de par leurs agissements et comportements asociaux, excluent un individu ou un groupe d'individus de la vie courante de la société, ce qui entraînerait chez ces derniers une marginalisation et une exclusion volontaire comme une sorte de réaction à cette injustice. Il ne faut pas oublier que l'exclusion est un état d'esprit dans lequel se débat, par moments, l'individu et qu'il est nécessaire d'observer cette exclusion comme un échappatoire qui permettrait à son exécutant de vivre un certain moment de plaisir, de gratitude ou encore plus de respectabilité ou de non-sens. Il serait inutile de vouloir remettre dans la tribu ou dans la société l'individu qui se marginalise lui-même, volontairement, pour pérenniser plus ou moins son monde fictif et imaginaire qui lui apporte peut-être, une certaine sécurité ou une certaine viabilité de la vie.
L'exclusion politique est une manière de marginaliser des opposants par une règle de conduite d'un parti donné. Donc, nous pouvons dire que, de par l'exclusion politique, le régime en place essaie de pérenniser son existence dans le temps et l'espace. Nous pouvons dire aussi que l'exclusion politique est un moyen de dissuasion pour amener les opposants au régime à ne plus participer à la vie politico-sociale d'une société donnée.
Propos de Mohamed BOUDIA

Commentaires