Le Trésor de Karoune" par Mohamed Boudia
CONFERENCE SUR LE ROMAN
« LE TRESOR DE KAROUNE »
Par Mohamed Boudia, écrivain
- R E S U M E –
Le récit contenu dans ce roman est une légende et en même temps une réalité vécue par la famille de Hadj Medjadji. Le mont « Karoun » est prénommé comme le souverain des temps immémoriaux qu’on prenait pour exemple de richesse à travers les âges. Hadj Medjadji, ayant eu vent de cette légende et ayant été pressé par un marocain exorciste, a voulu vérifier par lui-même, les dires de ce dernier et prépara son aventure avec ses deux fils. Ils se retrouvèrent entraînés dans une catacombe à plus de deux cents mètres sous terre. N’était-ce le courage et l’abnégation de Hadj Medjadji et sa piété, tous auraient pu être exterminés par les habitants du royaume de « Karoun ». Hadj Medjadji a pu échapper, ainsi que ses deux fils, à un sort que Dieu Seul pouvait en connaître l’issue.
Extrait du début du roman
Karoun est un mont se trouvant dans la chaîne de montagnes de l’Ouarsenis. Dans son prolongement nous avons le mont Kaâricha, le mont Bouba, le mont Bouchaâla. Tous ces monts sont situés presque sur la même ligne divisée entre la commune de Zeboudjet El Ouast et la commune de Ammi Moussa dans la wilaya de Relizane. Plusieurs ruines romaines ou phéniciennes furent découvertes dans la contrée par Gsell, un archéologue français qui a sillonné tout le département du Chéliff à la recherche de vestiges anciens.
Des légendes ont été colportées durant plusieurs décennies sur l’existence de phénomènes et de trésors anciens enfouis dans les profondeurs du Mont Karoun. Une histoire m’a été contée par mon père et qui concernait mon grand-père maternel dont le nom est Boudjellal. Ce nom, d’après les dires des anciens lui vient de l’anecdote qui a été rapporté par les habitants sur son aventure un jour qu’il se promenait dans le mont Karoun.
On raconte que le mont Karoun est devenu très en vogue dans le temps de par les manifestations qui s’y déroulaient. Je dirais même des phénomènes incompréhensibles tels que des apparitions diurnes et nocturnes de personnages et d’objets.
Il existe sur son flanc ouest des ruines romaines peut-être comme l’avait constaté Gsell, un spécialiste en archéologie et qui était professeur au Collège de France et à l’université d’Alger.
Le nommé Boudjellal était un cultivateur qui emmenait ses troupeaux de moutons, de chèvres et de vaches brouter l’herbe se trouvant en abondance dans les monts avoisinants et en particulier dans le mont Karoun. C’était presque une tâche quotidienne qui se répétait sans discontinuer au fil des jours. Il restait par moment plusieurs heures durant, dans les pâturages et ne revenait que tard dans l’après-midi, parfois même après le coucher du soleil. N’ayant par moment rien à faire, il se plaisait à tisser les feuilles du palmier nain (doum) et en confectionnait des paniers, des chapeaux de paille et des ustensiles domestiques. Quand il en avait fait beaucoup, il les descendait au marché de Bou Kader pour les vendre et avec les deniers de vente, il ramenait les victuailles de la semaine. Il était marié et avait une progéniture prospère. Ses enfants étaient encore jeunes et ne pouvaient lui prêter main forte dans ses activités de gardiennage des troupeaux. Les chacals et les renards foisonnaient en abondance dans le mont Karoun et gare à toute bête qui s’égare, car elle ferait un festin de roi pour ces prédateurs. Il fallait être vigilant et ne pas s’endormir si l’on veut ramener son troupeau sain et sauf à la tombée de la nuit.
Boudjellal, comme à l’accoutumée était parti de bonne heure, poussant son troupeau devant lui et chantonnait à tue-tête. Il était arrivé au mont Karoun, ce jour-là, très tôt dans la matinée. Il avait beau meubler son temps par le tissage des feuilles du palmier nain (doum), mais le temps semblait inexorablement long et il s’assoupit durant quelques instants. Il s’entendait appeler par son prénom.
Ahmed ! Ahmed ! Réveille-toi et viens avec moi !
Il croyait rêver et referma les yeux et se rendormit. Quelques minutes plus tard, il entendit la même voix de femme lui intimant de la suivre et elle le tirait cette fois, par le pan de son burnous. Sentant, cette fois la traction sur son vêtement, il ouvrit les yeux, les écarquilla et vit une très belle femme devant lui. Elle était vêtue d’une longue robe mais laissait percevoir ses belles formes comme une nymphe des temps immémoriaux.
Elle ne cessait de l’appeler et de le tirer vers elle par le pan de son burnous.
- Ahmed ! Allez, viens je t’en prie ! Tu dois me suivre ! Je vais te montrer quelque chose qui te fera plaisir ! Quelque chose de fabuleux !
Il était consterné. Il savait maintenant qu’il ne rêvait et qu’il avait bel et bien une femme devant lui, d’une beauté extraordinaire comme il n’en a jamais vu durant toute sa vie. Elle resplendissait comme un soleil et rayonnait de mille feux. Il en était éberlué. Il ne savait que penser. Il se frottait les yeux pour mieux la distinguer. Elle était souriante et l’attirait vers un fourré dans le flanc du mont Karoun. Il se leva et la suivit pendant quelques instants. Ils entrèrent dans le fourré dense et se retrouvèrent dans une sorte de clairière assez éclairée par les rayons du soleil. A l’autre extrémité, se trouvait un pan de mur sur le flan du mont Karoun. On le distinguait très bien. On aurait dit une porte taillée dans le flanc du mont. Elle le tirait vers la porte en question et tout d’un coup, comme par enchantement, le bloc de pierre bien taillé qui servait de porte, tourna sur des gonds invisibles à l’œil de l’être humain et s’ouvrit toute béante. La femme l’attira à l’intérieur de la grotte. Là, il constata que c’était la féerie personnifiée. Il y avait une clarté inimaginable. Il y avait des trésors insoupçonnables. Des tas de bijoux, des jarres remplies de pièces d’or et d’argent, des écuelles remplies de pierres précieuses et de rubis. Il n’en croyait pas ses yeux. La dame lui dit qu’il pouvait prendre ce qu’il voulait. En proie à une peur extrême, il essaya de se dégager de l’emprise de la dame. Il avait une peur bleue. Il croyait que c’était une « Djenia » (esprit maléfique) qui allait l’asservir et le contrôler et qu’il ne pourrait plus retourner voir les siens. Il se dégagea d’un trait et courut vers la sortie de la grotte, laissée ouverte au moment de leur entrée. Au moment de sa fuite, la lourde masse rocheuse de la porte commença à bouger et à se refermer. Il redoubla de vitesse et put s’insérer dans le peu d’espace qui restait de la fermeture. Mais la porte se referma sur le pan de son burnous et le
Extrait de la fin du Roman - Ils se levèrent et se regardèrent médusés. Dans leurs regards fusaient des questions en rayons continus. Leurs yeux étaient hagards et ils ne comprenaient pas ce qui venait de leur arriver. Chacun d’eux pensait qu’il avait fait un joli rêve et voulait le raconter aux autres. Le père commença :
- Mes enfants, lorsque je me suis assoupi tout à l’heure, j’ai fait un rêve des plus fantastiques. Ses fils le regardaient avec émotions et se questionnaient du regard. Leur père portait les mêmes habits qu’il avait dans leur rêve. Ils dirent à l’unisson :
- Mais, père ! Je crois que nous n’avons pas rêvé ! Nous ne pouvons pas faire le même rêve ! C’est impossible ! Père ! Vous portez toujours les mêmes habits qui nous ont été donnés par le Roi « Karoun » et nous aussi. C’est une preuve irréfutable. Donc, nous n’avons pas rêvé.
Leur père commença à se tâter le torse, les flans et les bras. Il n’en revenait pas. Il était habillé comme du temps de Haroun Errachid. Il était vêtu de soierie très coûteuse. Il commença à regarder alentour pour déceler quelque présence des trésors qui leur avaient été donnés et surprise ! Il voyait maintenant, à quelques mètres d’eux, dans un fourré, les trois malles qu’on leur avait remplies de cadeaux dans le monde du Sultan « Karoun »
Ils se levèrent d’un bond et se ruèrent chacun sur l’une des trois malles censées contenir des trésors. Ils les ouvrèrent et tombèrent sur les genoux devant les malles. Elles étaient effectivement remplies de bijoux, de soieries, etc..
Maintenant, ils étaient sûrs qu’ils avaient fait effectivement le voyage dans les abysses de la grotte de « Karoun » et qu’ils en avaient la preuve irréfutable.
Ils se rappelèrent les promesses faites au souverain « Karoun » et eurent des frissons. Ils devaient coûte que coûte, laisser secrète leur aventure fantastique.
Ils prirent soin de cacher leurs malles au regard de quelque passant et attendirent la nuit pour se diriger vers leur domicile.
Entre-temps, leur père leur avait demandé d’aller camoufler l’entrée de la grotte afin que nul ne puisse la trouver à l’avenir. Arrivés sur les lieux supposés, ils ne trouvèrent aucune trace ni de la grotte, ni de « la madone allaitant son enfant », ni leur mule d’ailleurs.
Ils revinrent vers leur père et lui firent le récit de leur déconvenue. Il s’empressa d’aller avec eux, constater de visu, les allégations de ses deux fils. Arrivé sur les lieux, il n’en croyait pas ses yeux. Il n’existait plus aucun indice pouvant les mettre sur la piste de la grotte, ni quoi que ce soit. Il ne comprenait rien, pourtant les habits et les malles aux trésors étaient là pour confirmer leur aventure. Ils avaient senti qu’ils avaient quelque chose à leur doigt et ils remarquèrent la bague magique qui leur avait été donnée par le souverain en guise d’amitié. Il n’y avait plus aucun doute maintenant sur leur épopée.
Il recommanda à ses deux fils de ne pas en parler et de laisser secrète leur aventure.
Ils vécurent heureux, dans l’aisance et dans l’opulence jusqu’à leurs derniers jours. Même leurs petits-enfants bénéficièrent de leur richesse qui devenait chaque jour, intarissable.
- DEDICACE -
Je dédie cet humble ouvrage à mes parents (que Dieu ait leur âme) et en particulier à ma mère, car c’est l’histoire de son grand-père qui est contée dans ce roman qui tire son récit de la réalité qu’a vécu un père avec ses deux enfants.
Je tiens à remercier mon père qui m’avait raconté cette anecdote et m’a permis, plusieurs années après, d’en tirer un roman qui j’espère, profitera aux lecteurs et deviendra leur livre de chevet comme l’ont été les contes des Mille et une nuits. Je le dédie aussi à mes enfants et petits-enfants qui j’espère, pourront le lire à l’avenir.
Je le dédie aussi à mon cousin Attaf Mohamed ainsi qu’à mon ami, le docteur Ali Medjdoub en les remerciant de m’avoir encouragé à coucher sur papier tout ce que j’avais en tête ainsi qu’à tous mes amis et collègues et en particulier Metmati Djilali et Kiouar Baroudi.
Merci à tous et bonne lecture !

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