NOTRE RANDONNEE A BENI BOUATTAB
NOTRE RANDONNEE A BENI BOUATTAB
Nous avons interviewé Monsieur Yahiatène Yahia, chef de la daïra d'El Karimia, qui est dans la région depuis Novembre 2004. Il nous donna des statistiques concernant sa daïra dans tous les domaines.
Superficie : 294 km 2
48682 habitants au dernier RGPH de 2008 dans les trois communes qui constitue la daïra (El Karimia – Harchoune – Béni Bouattab)
Pour ce qui est de béni Bouattab qui avait vu régresser son nombre d'habitants durant les derniers évènements s'est vu reprise et nous constatons un retour assez conséquent des populations. Nous les avons attirés par la construction rurale, par les prêts pour l'agriculture etc...
Nous avons des limites avec deux wilayas, Tissemsilt et Aïn Defla.
1200e et maintenant 2063 actuellement (RGPH 2008
Nous avons plus de 1500 constructions rurales terminées et nous avons encore 300 en cours. La région est à vocation agricole. Les habitants sont enclins à l'arboriculture surtout les oliviers, les amandiers et les figuiers car c'est des arbres robustes qui résistent en matière de sècheresse. C'est des arbres fruitiers et qui permettent de faire face à l'érosion sur les berges de l'Oued et du barrage.
Il y a aussi les cultures maraîchères sur les berges de l'Oued Fodda.
Les communes qui sont en marge des grands axes routiers ont dans le passé souffert d'une certaine marginalisation mais actuellement, il y a un certain regain d'activité dans la région et cela se remarque dans le mode de vie des habitants de la région. D'ailleurs cela nous a créé un certain problème de circulation à l'intérieur, surtout à l'intérieur du village d'El-Karimia. Nous pouvons dire une chose, c'est que nous avons annihilé complètement l'habitat précaire.
Pour ce qui est de l'autoroute, nous avons nos projets car c'est une réalisation qui aura des retombées économiques certaines sur la région. C'est une zone agricole et pourra se développer dans ce sens.
Dans le sillage des orientations de Monsieur le wali de Chlef, nous pensons à l'avenir fructifier le tourisme de montagne qui pourrait apporter un plus à la région avec les deux grands barrages, celui d'el Karimia et celui de Béni Bouattab. Nous pensons même à créer des auberges de jeunesse afin d'attirer les jeunes et mêmes les associations sportives. Des clubs pourraient être créés dans le domaine des sports aquatiques. Pour ma part, je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, je sais que je ne pourrais peut-être pas construire tout le mur mais j'essaierais par tous les moyens de poser mes premières pierres pour laisser le soin à ceux qui prendront la relève de continuer l'élèvation de ce mur à l'avenir.
La région est à vocation agricole et je pense qu'elle pourrait apporter un plus surtout en matière de céréales et en arboriculture.

Nous avions pris la route par le parc d'attraction de Chorfa, en passant par Lalla Aouda et la cité « Gaz » pour déboucher sur la route menant à Sendjas. Au passage, nous avons revu en défilé les bâtiments de la cité de la Concorde jouxtant la route qui devait nous mener vers Béni Bouattab en passant par El-Karimia.
Les présentations furent faites et nous sommes sortis de la Daïra en compagnie de nos deux hôtes. Avant de monter dans la Toyota, nous avions lié connaissance avec Monsieur Zirar qui est d'une jovialité exemplaire, un sourire angélique aux coins des lèvres vous mettait tout de suite en confiance et vous amenait à croire dur comme fer que vous êtes en face d'un homme d'une certaine trempe et d'une certaine noblesse de cœur.
Je vous raconte ici une certaine anecdote qui a vu le jour lors de notre prise de contact. Monsieur Chioune Abdennour, notre collègue écrivain et homme de théâtre, en entendant le nom de Zirar s'est permis de demander à notre hôte s'il avait des liens avec les Darazirar de Ténès qui avaient effectué leurs études avec lui au Lycée. Monsieur Zirar, avec une pointe d'ironie nous raconta effectivement que lorsqu'il était au lycée, il en avait rencontré un parmi eux et qui était élève au Lycée d'Orléansville. Pour leur prise de contact, Monsieur Zirar dit à l'un des Darazirar : « Est-ce que nous sommes de la même famille ? Je ne sais pas, mais pour ma part, je crois que les Zirar devraient faire une ronde pour devenir les Darazirar et alors la boucle familiale serait fermée, alors, après cette pique joviale et amicale, les deux élèves du lycée d'El-Asnam devinrent des amis et à chaque occasion ils ressortent leur ronde pour expliquer que même s'ils ne sont pas de la même famille, de par cette anecdote, ils sont devenus amis.
Nous montâmes dans le véhicule Toyota à double cabine et nous prîmes le chemin vers les hauteurs que nous ne pouvions peut-être jamais imaginer d'atteindre un jour durant notre vie.









C'est dans ce décor idyllique que se trouve la grotte « Ghar Oum Ellil » qui servait de refuge aux populations autochtones lors des ratissages et des bombardements par l'armée française de cette zone considérée comme zone interdite. Actuellement, de nos jours, la contrée est désertée par ses habitants depuis la décennie rouge au lieu de noire. Quelques habitants sont retournés et se sont regroupés dans le hameau de Béni Bouattab qui reste encore jusqu'à nos jours une zone très dangereuse et difficile d'accès. Cette grotte nommée « Ghar Oum Ellil » servait aussi de refuge pour les moudjahidines durant la révolution algérienne. Nous avons sillonné en long et en large le territoire de la commune de Béni Bouattab et nous avons constaté qu'il y avait quand même une certaine accalmie, car des postes avancés de gardes communaux et de militaires sont juchés sur les pitons et peuvent observer et dénicher tout mouvement insolite, de nuit comme de jour.
Les français se trouvaient en face de nous sur le piton d'en face qu'on appelle « Takricht » et qui était occupé par les troupes françaises avec quelques familles indigènes qu'ils ont regroupé de force autour du camp.

Un peu en contrebas du camp militaire, notre guide, Mohamed Cerbah nous montra l'emplacement d'une école coranique à ciel ouvert, durant la révolution dans le lieudit « Sidi M'sabih ». Actuellement, il n'en reste pas grand-chose. Existe seulement la souche d'un arbre millénaire qui se trouvait à l'entrée de l'école coranique de « Sidi M'sabih ». Nous étions plus de trente élèves, garçons et filles, sous l'égide du cheikh Abdelkader Ben Bouaoud, actuellement décédé. Il se rappelle qu'il laissait flotter le drapeau algérien sur l'arbre devant Sidi M'sabih et lorsqu'on entendait le vrombissement des avions ou des hélicoptères, nous le cachions et dès leur partance, nous le déployons et reprenions normalement nos cours.

Nous avons recueilli un témoignage vivant d'une grande bataille qui s'est déroulé au lieudit « Béni Boustour ». J'étais avec mes deux amis Hachelaf Ahmed et brik Abdelkader. Nous étions toujours tous les trois de faction sur le piton qui surplombe Béni Boustour.
Le matin, nous sortons et nous nous mettons sur le pic un peu plus haut. Nous avions remarqué que quatre-vingts camions ont démarré de Lamartine (El-Karimia), lorsqu'ils furent en vue de Béni Boustour, le convoi militaire français a éteint ses feux et est monté jusqu'ici à la faveur de la nuit. Lorsqu'ils ont atteint le plat nous avons eu peur et nous avons pris la poudre d'escampette et nous sommes venus aviser la katiba qui se trouvait là à quelques kilomètres. Les djounouds de la katiba nous avaient demandé de leur ramener du café et du pain pour le lendemain matin. Lorsque nous nous sommes présentés le lendemain, nous n'avions pas trouvé la katiba. Après un moment, nous avions remarqué deux bonhommes qui s'enfuyaient dans l'oued en contrebas de Béni Boustour. Il y avait un autre qui venait de chez lui pour ramener du café je ne sais pas pour qui. Il a été vu par les sentinelles françaises, ils lui ont tiré dessus, il est mort sur le coup, c'était Nacef Mohamed. L'armée française commençait à tuer et à bruler dans le douar. Ils se sont vus les maitres de la situation, ils avaient par la suite leurs armes en dôme « hamara » et ils dansaient et ils tuaient comme bon leur semblait. Ils avaient tué plusieurs vieux et s'étaient approprié les femmes. Ils tuaient sans distinction aucune. Deux bonhommes s'étaient échappés et avaient rejoint la katiba sur l'autre flan de la montagne, c'était Monsieur Abdiche Abdelkader et Medres Kaddour. Ils avaient avisé le responsable de la Katiba qui leur répondit que s'il ne trouvait pas de militaires français, il les passerait par les armes. En effet, il avait peur de tomber dans une embuscade. Il leur dit que si seulement un de ses djounouds était blessé dans une embuscade il les tuerait tous. La katiba était revenue sur ses pas pour s'enquérir de la situation. Dès qu'ils furent en vue du douar Yesker à Béni Boustour, ils ont vu que tout brûlait. La katiba s'est divisé en trois groupes pour encercler les militaires français. Le troisième groupe prit position dans l'oued en contrebas et dès que les militaires français, énervés par les tirs nourris de djounouds, dévalaient les pentes pour se sauver, ils tombaient nez à nez avec les djounouds dans l'oued, qui les abbattaient comme des lapins. Tous les militaires composant l'expédition furent exterminés. Certains soldats français furent emmenés comme prisonniers. La katiba avait fait main basse sur l'équipement et l'approvisionnement des quatre-vingts camions qui furent brûlés, sur les lieux mêmes de la bataille. Malgré le support de l'aviation, aucune issue n'était possible pour les militaires français qui ne connaissaient point le terrain. Il parait qu'il y a eu un capitaine pilote dont l'avion fut descendu, qui a été fait prisonnier. Il était accompagné d'un harki qui voulait le sauver mais ils tombèrent directement entre les mains des djounouds. Le harki fut tué sur place et le capitaine fut emmené comme prisonnier. Il était exactement midi lorsque la bataille avait commencé. Les soldats français se croyaient en villégiature et c'est au moment de leur déjeuner qu'ils furent assaillis et exterminés. Le lendemain, c'était le Harki Lamech Abdelkader qui accompagnait l'officier d'aviation. Ils furent arrêtés par une patrouille de djounouds. Le harki fut tué sur place et le capitaine fut fait prisonnier. En face du plateau où s'est déroulé la bataille se trouve la grotte dénommée « Ghar Oum Ellil » et un peu plus haut le mausolée de Sidi Mekraz.

Cette photo est un souvenir pris le 11 juillet 2009 avec notre témoin, Monsieur Cerbah avec ses enfants et petits-enfants ainsi que Monsieur Chioune Abdennour dit Nourrédine et Monsieur Tiab Mohamed ainsi que Monsieur Zirar Mohamed, 1er Vice-président de l'APC de Béni Bouattab.

et Monsieur Zirar Mohamed, 1er Vice-président de l'APC de la même commune. Cette photo fut prise lorsque nous quittions les lieux où s'était déroulée la
Par mesure de sécurité, nous avions décidé d'emprunter une autre route en revenant vers le siège de l'APC afin d'éviter toute rencontre malencontreuse.

Après cette bataille, la France avait installé un poste avancé sur le plus haut piton de la région nommé « Takrecht » et ils ont regroupé tous les habitants de la région. C'était devenu par la suite une « zone interdite » mais les moudjahidines s'y mouvaient librement poursuivis parfois et presque tout le temps par des bombardements intensifs. Les militaires français ne se hasardaient plus dans les zones au bas relief.



La photo à droite est un souvenir de notre passage chez cette famille à qui nous souhaitons bonheur et prospérité. (De G. à D. : assis sur chaise : Monsieur Zirar Mohamed, Chioune Abdennour, Mme Namoune, notre hôte, Mohamed Boudia, debout à l'arrière, Monsieur Namoune Abdelkader, vice-président de l'APC, accroupis : Cerbah Mohamed, notre chauffeur et enfin Namoune Ali, PEM, frère de Abdelkader.
Nous sommes devant la zouia de Sidi Ahmed Benazza de son vrai nom, Lallak Ahmed, c'était un érudit qui enseignait dans la zaouïa qu'il avait créée lui-même et qui existe de nos jours. Elle est construite en terre battue. On l'appelait « Cheikh Ahmed Benazza ». Il est mort il y a de cela une dizaine d'années. Le jour de sa mort, il y a eu deux arbres qui furent déracinés et couchés sur le sol sans raison apparente. Ce jour-là, il n'y avait ni pluie, ni vent. Cela reste toujours un mystère de nos jours. Il a un fils qui est lui-même imam mais actuellement il est en retraite et habite la ferme à Chlef. Son nom est Lallak Taïeb. Les habitants de cette localité nous ramenèrent du café et du pain en guise de bienvenue, nous les en remercions pour cette marque d'hospitalité. Personne n'a pris la relève de ce saint homme et la zaouïa est actuellement fermée.

Nous avions remarqué sur notre droite, en revenant vers El Karimia, aux abords de la rive Sud du Barrage d'Oued Fodda, une sorte de petit plateau surplombant le lac du barrage et nous avions suggéré qu'il pourrait être exploité comme lieu de villégiature pour les familles autochtones et pourquoi pas pour les touristes dans un proche avenir. Ce lieu se dénomme « Zaouïa de Sidi Mehraz »

Monsieur Zirar Mohamed, Premier vice-président de l'APC de Béni Bouattab nous a raconté une histoire qui a trait à l'appellation de la contrée de Béni Bouattab. En effet, il nous dit que le premier habitant de cette contrée était un bandit qui écumait les lieux et chassait même le lion à ce qu'il paraît. On le surnommait « Bou'â ». Durant plusieurs années, il fut la terreur de ces parages et personne ne pouvait s'y aventurer sans subir les foudres de guerre de « Bou'â ». Dieu fait si bien les choses qu'un jour, « Bou'â » s'est repenti et est devenu un homme pieux. A partir de ce jour-là, la région fut appelé à son deuxième surnom « Bou'â Tab » qui veut dire que « Bou'â » s'est repenti « Tab ».

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