CULTURE A CHLEF - EL ASNAM -

CULTURE A CHLEF - EL ASNAM -

CAFE LITTERAIRE DU 17 MARS 2015

CAFE LITTERAIRE DU 17 MARS 2015

100_5644
Pour cette séance du Mardi 17 Mars 2015, l’assistance était peu nombreuse. Malgré l’évènement et la communication qui ont un certain poids dans la vie des algériens, telle la conférence donnée par Mohamed Boudia sur la fête de la victoire « AÏD EN NASR » afférent au 19 Mars 1962 et à sa commémoration chaque année au sein du café littéraire de Chlef.

Pour l’ouverture, l’animateur du café littéraire, M. Saâdoune Bouabdellah, a invité trois petites adeptes pour gratifier l’assistance d’un  chant patriotique écrit par Moufdi Zakariah, et dont les noms suivent : Hadj Abdellah Bouthaïna, Benyoucef Khaoula et Salhi Maria.

Tout au début de la conférence, le président du café littéraire devait dire :

Avant de parler du 19 mars il est judicieux de revenir un peu en arrière pour situer cet évènement dans le temps et l’espace et lui donner toute sa mesure et ainsi saisir l’importance de cette date dans l’histoire de notre pays. En effet, la guerre d’Algérie a pris pied dès les évènements du 8 Mai 1945 où plusieurs milliers d’algériens furent massacrés sans retenue lors de manifestations indépendantistes pacifiques dans presque toutes les villes d’Algérie du 1er au 9 mai 1945. Le conférencier devait rappeler que ce ne fut pas une guerre mais plutôt une révolution car les forces en présence étaient inégales car quelques centaines, voire quelques milliers d’indépendantistes algériens réunis sous l’étendard du Front de Libération Nationale étaient opposés à la 4ème plus grande puissance du monde et l’un des plus grands colonisateurs des 19 ème et 20 ème siècles. Certains historiens prétendent aussi que c’était une guerre intestine, entre communautés, ce qui est archi-faux. C’était une guerre contre un colonisateur des plus virulents par une poignée d’indépendantistes algériens. Cette guerre a créé beaucoup de crises politiques même au sein de l’hexagone. Le retour au pouvoir de De Gaulle en 1957 et le durcissement dans la conduite de la guerre et du tout sécuritaire a fait que la révolution algérienne a subi une des plus grandes pressions dans les années 57/58 par la radicalisation systématique de la torture et l’extermination des populations par tous moyens, carte blanche qui a été donnée aux militaires pour mettre fin à cette insurrection comme se plaisait à l’appeler le général De Gaulle et tous les politiques français. La France a été acculée aux derniers remparts et De Gaulle dut reconnaître que la seule issue pour cette guerre était « les pourparlers avec le FLN » pour sortir la tête plus ou moins haute de ce conflit. Certains généraux pro-Algérie-française, n’ayant pas été d’accord, créèrent l’Organisation de l’Armée Secrète (O.A.S.), qui ravagea l’Algérie en 1961/62, en utilisant la politique de la terre brûlée. Même la bibliothèque nationale n’en réchappa pas. Elle fût brûlée avec toute la somme de culture qui y existait. C’est un crime des plus abjects et des plus dévalorisants pour son auteur.

100_5646
Le pouvoir français opta pour l’autodétermination car c’était la seule issue. Au fur et à mesure des tractions par les négociateurs français et ceux du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, après Melun, c’est à Evian que se poursuivent les pourparlers pour essayer d’arriver à un consensus qui conduirait à l’indépendance de l’Algérie. Les négociateurs du G.P.R.A ont conduit de main de maître les pourparlers car ils ont essayé de faire le moins de concessions possibles à l’Etat français. Les négociateurs français ont voulu par tous les moyens morceler l’Algérie mais ils n’ont pas réussi dans leurs objectifs. Le 18 Mars 1962 furent signés les accords d’Evian avec un cessez-le-feu des hostilités devant prendre effet le 19 Mars 1962 à Midi. Le cessez-le-feu fut observé en général par les deux parties mais il fallait faire avec l’O.A.S qui ne l’entendait pas de cette oreille. Des massacres ont été perpétrés dans les grandes villes d’Algérie par les assassins de l’OAS sur des populations désarmées.

A la suite de cette trêve, un référendum fut organisé pour savoir ce que voulait le peuple algérien. Les urnes ont été remplies de « OUI » à près 97% des voix exprimées. L’indépendance de l’Algérie fut déclarée officiellement le 3 Juillet et le jour de l’indépendance fixé au 5 juillet 1962 pour valoriser cette date, car la France est entrée à Alger un certain 5 juillet 1830. On parle de l’exode des français et de leur massacre, mais on oublie de mentionner les massacres des algériens par l’OAS au lendemain du 19 Mars 1962. On prétend que plusieurs harkis ont été massacrés à Oran, oui il y a eu quelques dépassements ici et là mais pas avec l’ampleur citée par certains historiens ou par certains nostalgiques de l’Algérie Française. Les gouvernants français n’ont jamais voulu reconnaître le titre de guerre d’Algérie. Ils l’ont toujours appelé « évènements d’Algérie » comme si c’était interne  à leur pays. Ils ne l’ont reconnue comme telle qu’en l’année 2000.

Le 19 Mars 1962 a été une date-charnière dans l’indépendance de l’Algérie.

Le pouvoir français n’a jamais voulu reconnaître les exactions et les massacres commis sur les populations algériennes de 1954 à 1962 (1 million et demi de chouhadas) alors qu’il réclame pour les quelques harkis qui ont été, par moments, lynchés par les populations dépitées. Elle ne veut pas reconnaître le mal qui a été fait par ses expériences nucléaires qu’elle avait faites de 1957 et qui se sont poursuivies jusqu’en 1975. Il est à rappeler que le pouvoir français joue du « deux poids et deux mesures ». En effet, durant la résistance française contre l’envahisseur nazi, pourquoi considèrent-ils les français qui ont prêté main forte aux allemands ont toujours été considérés comme « collabos » et ont été malmenés et tués au lendemain de l’armistice.

Nous revendiquons effectivement le statut de peuple spolié, colonisé et asservi pendant 132 ans qu’a duré la colonisation française en Algérie. Comme a dit Aimée Césaire « Je revendique ma négritude et je veux qu’on m’appelle : Hé négro ! »

Pour clore cette conférence, le président du café littéraire invita M. Attaf Mohamed, ancien résistant, pour apporter son témoignage au lendemain de la fin des hostilités. Ce dernier donna maints exemples pour ce qui est des harkis qui étaient restés après le cessez-le-feu et après l’indépendance.

100_5645
Le conférencier reprit la parole pour dire aux pros de l’Algérie Française que c’était de l’utopie que de tenir à une chimère et que l’Algérie restera algérienne jusqu’à la fin des temps. Il citera ensuite l’écrivain et journaliste Pierre DAUM et son livre « Ni valise, ni cercueil » qui témoigne que les pieds-noirs ne sont pas tous partis au lendemain de l’indépendance de l’Algérie et que plus de 200.000 sont restés après cette date et n’ont nullement été inquiétés.

Durant le débat plusieurs questions furent posées à M. Attaf Mohamed et au conférencier concernant le conflit entre la wilaya IV et la wilaya V et les affrontements qui ont fait beaucoup de morts au lendemain de l’indépendance par M. Boufellouh Abdelkader et M. le Dr Hadjam Mohamed, de même que par Sahli Kamel auxquelles le conférencier répondit avec austérité et clairvoyance.

Une chose est sûre, c’est que l’Algérie et la France ont une histoire commune et les dirigeants des deux pays, en toute équité, devraient voir beaucoup plus clairement l’avenir de leurs peuples et essayer de trouver des solutions à toutes les crises qu’ils rencontrent depuis l’été 62 et qu’ils essaient d’appliquer au moins certaines clauses des Accords d’Evian en matière de liberté de circulation des biens et des personnes sans tenir compte de l’avis des extrémistes des deux bords.

Le café littéraire de Chlef continue tant bien que mal à tenir la barre dans un monde devenu de plus en plus mercantile et matérialiste qui fait que cette petite révolution culturelle locale et nationale prend place de plus en plus dans la société asnamie. Seulement quelques adeptes et invétérés amoureux des belles lettres se font un devoir d’y assister tout au long des séances qui se suivent tous les Mardis au fil des mois et des années. Il est malheureux de constater que le café littéraire est beaucoup plus choyé à l’extérieur de la wilaya qu’en son sein.

Où sont les hommes de lettres et les amoureux de cette discipline ? Où sont ceux qui se prétendent comme tels ? Où sont les intellectuels de la ville de Chlef ? Beaucoup de questions fusent et ne trouvent point de réponse. Il est agréable de constater qu’ailleurs les associations culturelles se déploient avec une assistance de plus assidues et des intellectuels de tous bords tiennent à marquer leur présence en ces espaces culturels. La ville d’El Asnam a perdu non point ses repaires mais beaucoup plus ses hommes de lettres et poètes qui s’entredéchirent entre eux pour mettre à nu leurs dissensions et porter le coup fatal à la culture dans notre ville et dans notre wilaya. Les autorités locales elles-mêmes ne donnent pas toute la mesure à cet élan culturel qu’est le café littéraire de Chlef en lui portant assistance et pourtant, combien d’hommes et de femmes célèbres dans le monde de l’écriture et de la littérature ont visité cet endroit ou plutôt cette aire culturelle depuis se création en 2007 ? Combien sont partis satisfaits de la réception et de la prestation des hommes de culture ici à El Asnam (Chlef) ? Le café littéraire a reçu parmi les écrivains, des gens de renommée nationale et internationale tels M. Bencheikh Djilali, Dr Mohamed Magani, Mme Drif Zohra, M. Yasmina Khadra, M. Rachid Boudjedra, Le Pr Mahieddine Elhachimi, M. Mami Maâmar, Mme Leïla Aslaoui, Dr Vincent Bertaud du Chazaud, et beaucoup d’autres sont prévus pour animer le café littéraire dans les semaines à venir. Les animateurs du café littéraire parmi les enseignants universitaires tels Dr Aït Djida Mokrane, Mme Aït Saâda Eldjamhouria, Dr Kassoul, Dr Khelladi, Dr Dahmane, Dr Kaddour-Guettaoui ne viennent plus et ne viennent par moments que pour donner une communication pour ne plus reparaître par la suite, pendant des lustres. Que se passe-t-il ? Les gens n’ont plus envie de culture ? Jusqu’à l’estomper et la remiser au fond de je ne sais de quel esprit borné et sans attrait afin de voir la société s’empêtrer dans le matérialisme le plus complet par l’invasion culturelle et l’abêtissement du peuple par cette dernière ? Que pouvons-nous penser ? Est-ce là notre devenir culturel dans cette ville qui ne veut point se réveiller et participer à son essor culturel ? Où bien la culture serait-elle seulement coincée dans le raï et dans les manifestations festives ? Sans la participation de tous et sans l’apport de différentes compétences, le café littéraire ne peut s’assumer avec une seule ou quelques personnes seulement. Donc, il est temps que les intellectuels de la ville puissent se regrouper et prendre une part active à ce café littéraire qui devient de plus en plus « le dernier des mohicans ». Je m’excuse l’expression mais c’est la stricte et pure vérité.

Pour ceux qui ne le savent pas, et à tous ceux qui s’attablent dans les cafés, disant qu’il n’y a aucune culture à Chlef, je leur donne un point de ralliement qu’est le Café littéraire de Chlef qui se tient tous les mardis sans discontinuer depuis plus de huit années. Actuellement, il est situé au Centre des Loisirs Scientifiques « Chahid Mohamed Gholam », face à la salle de sport du POC, ex-cité les Vergers à Chlef. A toutes fins utiles, le café littéraire de Chlef reçoit une figure emblématique du journalisme en la personne de notre ami et collègue Maâmar Farah, le 31 Mars 2015 ainsi que Mme Leïla Aslaoui, le 14 Avril 2015. L’invitation est générale tous les mardis que Dieu fait, à partir de 14 heures. Soyez tous les bienvenus pour donner un nouvel élan à votre café littéraire qui, sans vous et votre apport, ne serait que chimère.

                                                                              Mohamed Boudia 



18/03/2015
2 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 33 autres membres