CULTURE A CHLEF - EL ASNAM -

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CAFE LITTERAIRE DU 27 MAI 2014 ANIME PAR LE DR AIT DJIDA MOKRANE

 CAFE LITTERAIRE DU 27 MAI 2014

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Fort de son expérience et celle de ses membres, le café littéraire continue de mener sa barque littéraire vers des rivages sereins qui tendent à donner de nouvelles impulsions de culture et d’amour du pays, par la tenue de ses séances hebdomadaires, tous les mardis, sans discontinuer pour abreuver ses adeptes à chaque fois de nouvelles conférences ayant trait à des sujets d’une importance capitale en matière de philosophie et de sociologie. En effet, ce mardi 27 Mai 2014, le Dr Aït Djida Mohand Amokrane, fit une communication dont le titre est : « La notion d’engagement ». De prime abord, il devait dire : « La notion d’engagement en littérature, en philosophie et en politique » Introduction : Parmi les notions les plus en vogue dans le milieu intellectuel, celle d’engagement est certainement la plus galvaudée. La fécondité sémantique du terme est telle qu’il renvoie à une multitude de significations, qu’il peut être utilisé dans différents contextes sans qu’il y ait une grande ressemblance entre les différentes acceptions. Dans le dictionnaire, pas moins de dix acceptions sont retenues : • Acte par lequel on s'engage à accomplir quelque chose ; promesse, convention ou contrat par lesquels on se lie : Contracter un engagement. Faire honneur à ses engagements. • Action d'engager quelqu'un, de l'employer, de louer ses services ; embauchage. • Action de faire entrer quelque chose, un groupe dans un espace étroit : L'engagement d'une troupe dans un défilé. • Introduction d'une troupe dans une bataille : L'engagement des réserves. • Combat de courte durée et localisé : On signale quelques engagements à la frontière. • Fait de prendre parti sur les problèmes politiques ou sociaux par son action et ses discours : L'engagement d'un intellectuel. • Action de mettre un objet en gage ; récépissé d'un objet mis en gage. • Comptabilité Ensemble des obligations envers des tiers. • Finances Phase préalable et obligatoire à la procédure d'ordonnancement par laquelle l'Administration prévoit une dépense au budget. • Histoire Acte par lequel le roi de France concédait à un engagiste des terres du domaine royal. • Médecine Franchissement du plan du détroit supérieur du bassin maternel par le plus grand diamètre de la présentation fœtale. • Militaire Contrat par lequel une personne déclare vouloir servir volontairement, pendant une durée déterminée, dans les armées ou les formations rattachées, en qualité d'homme du rang ou de sous-officier. • Philosophie Pour les existentialistes, acte par lequel l'individu assume les valeurs qu'il a choisies et donne, grâce à ce libre choix, un sens à son existence. • Sports 1. Synonyme de coup d’envoi 2. Au football, action de remettre la balle en jeu après un but. 3. Acte par lequel un concurrent notifie aux organisateurs son intention de participer à une compétition. Quand l’engagement signifie « se donner soi-même en gage » : Nous allons, dans cette communication mettre l’accent uniquement sur un type d’engagement qui concerne l’individu qui prend sa propre personne comme objet d’engagement.

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Il s’agit en quelque sorte de « se donner soi-même en gage ». Plus précisément, c'est prendre une décision libre et au moins un peu risquée pour soi-même (les risques pouvant être de natures très différentes d'un engagement à l'autre), et surtout être prêt à en assumer soi-même les conséquences. S'engager, c'est par conséquent prendre une responsabilité qu'on n'était pas obligé de prendre. L'engagement repose donc sur la liberté, le plus souvent individuelle. Pour comprendre ce en quoi consiste le fait de s'engager soi-même, et surtout en quoi les différents types d'engagement se distinguent les uns des autres, il peut être intéressant de s'interroger sur les risques que prend celui qui s'engage. Que gage celui qui s'engage ? Qu'a-t-il à perdre dans le fait de s'engager ? Ou plutôt, que signifie exactement le fait que ce qu'il gage, et donc en un sens ce qu'il a à perdre, c'est lui-même ? Le "chanteur engagé" ne risque finalement de perdre que des "fans" qui ne se reconnaîtraient pas dans son engagement, et encore. L'automobiliste risque l'accident, pour lui et pour les autres. Le militaire engagé (par opposition aux anciens "appelés") perd la possibilité, pendant un certain temps, d'avoir une autre profession. L'intellectuel qui s'engage pour une cause prend au moins un "risque intellectuel" : celui de se tromper, c'est-à-dire celui de se rendre compte plus tard que cette cause ne valait pas d'être défendue, ou même valait d'être combattue (par exemple le stalinisme). Quant à l'entrepreneur, il risque normalement une certaine somme d'argent s'il ne respecte pas le délai prévu. Le problème de ce qu'on appelle « l'art engagé » mérite sans doute un traitement spécifique, car il engage, précisément, toute une conception de l'art : à l'opposé de « l'art pour l'art », par lequel l'artiste ne cherche à exprimer que des idées artistiques (une certaine conception de la beauté par exemple), l'art engagé considère l'art comme le moyen (ce qui n'empêche pas qu'il soit aussi une fin en soi) d'exprimer des idées qui ne relèvent pas de l'art en lui-même, notamment d'idées politiques. Le théâtre de Sartre, la poésie d'Aragon en sont de bons exemples. La notion de trajectoire d'activité cohérente : L'engagement s'inscrit dans une période temporelle caractérisée par un contexte assez particulier. La personne qui s’engage suit une ligne donnée en entreprenant un certains nombre d’activités. Il arrive parfois que les activités entreprises sont tellement différentes qu’elles paraissent et contradictoires. Mais la notion de trajectoire d'activité cohérente implique plus que cela, car bien souvent des combinaisons d'activités fort différentes sont qualifiées de cohérentes. C’est ici toute la problématique des principes immuables et des positions mouvantes qui est posée. En fait les activités en question, en dépit de leur diversité, Celles-ci ont en commun le fait qu'elles sont perçues par les acteurs comme des activités poursuivant un même but. Finalement, la notion de trajectoire d'activité cohérente semble impliquer un rejet des alternatives envisageables. L'acteur se trouve devant divers parcours possibles, tous autant recommandables, mais choisit le plus à même de servir ses buts. Il faut savoir également que selon son idéologie, l’engagement pourrait être une loi morale, ou une expérience à laquelle nul n’échappe. La pensée existentialiste, par exemple, considère que tout homme est « condamné à être libre ». Chacun de ses choix engage sa responsabilité, même quand ce choix est de ne pas agir. L’engagement peut prendre la forme de l’action politique révolutionnaire, mais il peut aussi prendre celle de la complicité tacite. Ne pas s’engager délibérément, c’est être engagé aux côtés du pouvoir établi. Les sociétés autoritaires ont besoin de ceux qui ne s’engagent pas. CAFEE LITTERAIRE DU 27 MAI 2014 011

L’engagement en littérature : Quand on applique la notion d’engagement au domaine artistique ou littéraire, de ramener le problème à une alternative entre « l’art pour l’art » et « l’art pour quelque chose ». Cette alternative est en fait le résultat d’une équivoque créée et entretenue par les morales qui proclament l’identité de l’être et du bien au lieu de rechercher la création de la valeur dans l’exercice de la liberté comme le fait le militant révolutionnaire. Or, pour l’artiste, cette recherche est essentielle, alors que le moraliste traditionnel lui préfère la pratique de la vertu, qui n’est que l’habitude du Bien. Jean-Paul Sartre a très clairement décrit cette différence d’attitude entre l’homme de bien et l’artiste, dont l’un soumet son activité à l’être et l’autre à la valeur, ce qui, dans le cadre d’une pensée conformiste et autoritaire, conduit à attribuer à la morale le domaine des réalités et à l’art celui des apparences. « Beaucoup plus qu’une conception d’artiste la théorie de l’Art pour l’Art est une revendication de l’homme de bien : à vous les images, à moi la réalité. Cette délimitation nette des deux empires est indispensable au bon fonctionnement d’une société autoritaire. » (J.-P. Sartre.) À défaut donc, comme faisait Platon, de chasser le poète de la République, on lui assignera le ghetto doré de l’imaginaire, du gratuit, de l’inutile. Historiquement, c’est une telle délimitation qui est, dès les origines, à la base de la conception de l’art dans la société capitaliste. Elle est également présente dans la notion de littérature telle qu’elle s’élabore au début du XIXe s. Vidée peu à peu de son emprise sur la réalité au profit des sciences et des techniques d’une part et de la pratique du pouvoir économique et politique de l’autre, la littérature se caractérise de plus en plus par sa gratuité. Or, c’est précisément à cette époque, et en partie à cause de cela, que l’engagement politique s’impose aux écrivains comme une nécessité inséparable de l’exercice de leur art. Il s’agit en fait d’un problème de communication, c’est-à-dire de relation entre l’écrivain et le lecteur. L’un et l’autre sont également indispensables à la manifestation du fait littéraire : « L’objet littéraire est une étrange toupie, qui n’existe qu’en mouvement. Pour la faire surgir, il faut un acte concret qui s’appelle la lecture, et elle ne dure qu’autant que cette lecture peut durer. Hors de là, il n’y a que des tracés noirs sur le papier. » (J.-P. Sartre.) Acte solidaire, effort conjugué, l’écriture et la lecture compromettent conjointement l’écrivain et le lecteur. Par cet acte, par cet effort, chacun des deux exerce sa liberté dans une situation historique commune. Conclusion : En définitive, l’engagement est avant tout une question de conscience morale ou autre, qui impose à l’individu de réfléchir, de décider en faisant des choix jugés incontournables en vue d’agir dans le but de faire triompher ses principes. Que l’on soit engagé politiquement, littérairement ou tout simplement en tant que personne existant sur cette planète, le point commun ne serait autre que le don de soi et le souci de servir l’autre. C’est pourquoi , il y a des moments historiques où le simple silence pourrait être considéré comme le meilleur des engagements.

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                   Propos recueillis par Mohamed Boudia



03/06/2014
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