CULTURE A CHLEF - EL ASNAM -

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Le Saint (Marabout) "Sidi Salah Boukabrine"

       L'HISTOIRE DE « SIDI SALAH »

            Sidi Salah, quand il est venu de rio de oro, a vécu chez les Béni Hellaguas. Au lendemain de l'inquisition en Espagne et la fuite des musulmans et des juifs d'Andalousie, plusieurs hommes de lettres et de sciences revinrent en force en Afrique du Nord à partir du début du 16ème siècle, cherchant refuge auprès de leurs pairs au Maroc, en Mauritanie, En Algérie et en Tunisie, car ils étaient pourchassés par toutes les armées d'Europe qui prêtaient main forte au roi d'Espagne dans sa campagne d'inquisition, c'est-à-dire, l'abattage systématique de tous les musulmans trouvés en Andalousie. Une campagne anti-sémite de grande envergure eut lieu. Même les juifs d'Espagne n'y échappèrent pas et ils refluèrent eux aussi vers l'Afrique du Nord et s'y installèrent.

            Dans le temps dans la région de Chlef, il y avait un fellah à qui on avait demandé de prendre en charge un pauvre berger (hère en vadrouille) pour garder les moutons et chèvres en contrepartie de son gîte et de son couvert. Le fellah accepta et le prit pour garder ses moutons. Il partait tous les matins avec les troupeaux et il s'allongeait sur une très grande pierre plate (saffaha) et somnolait tandis qu'on voyait les perdrix qui descendaient par groupe autour de lui et commençaient à le dépouiller de ses poux. D'un autre côté, les loups eux-mêmes lui gardaient son troupeau. Il a été remarqué par les habitants de la région qui ont rapporté les faits au Fellah chez qui il a été affecté. Voulant s'en rendre compte par lui-même, le lendemain il suivit Sidi Salah jusqu'aux pâturages. Il remarqua de ses propres yeux que ce qu'on lui avait rapporté était la pure et stricte vérité. Il s'en retourna chez lui sans rien dire. Le Fellah demanda à sa femme de préparer ses filles pour en marier une à Sidi Salah. Le Fellah avait sept filles. Sa femme prépara l'une d'elles pour les noces que son père lui prévoyait avec Sidi Salah, le nouveau berger qu'on lui a adjoint au retour de  l'Andalousie. Personne ne le connaissait. C'était un grand penseur et Aalem qui avait appris toutes les connaissances et récitait le Coran par cœur ainsi que le Hadith et la Sunna de notre prophète Mohamed (que la prière et le salut soient sur lui). Il avait tout perdu au lendemain de l'inquisition qui se poursuivait en Espagne. Le soir, quand Sidi Salah rentra des pâturages dans la montagne, le fellah lui dit :

- Toi ! Tu ne dois plus faire le berger, tu ne garderas plus le troupeau. Tu resteras ici aux alentours de la maison et je te demande de choisir l'une de mes filles comme épouse. Le fellah, au regard de l'indécision de Sidi Salah, lui présenta l'une de ses filles et lui dit : « Voilà ! Celle-là fera bien l'affaire. Elle sera ton épouse. Ils préparèrent les festivités et invitèrent quelques membres de la famille seulement qui n'en crurent pas leurs yeux et demandèrent à leur cousin pourquoi marie-t-il sa fille à un berger dont on ne sait rien ? Le fellah leur répondit que lui savait des choses que les autres membres de la famille ne savaient point. Tard dans la soirée, la fille a été préparée par sa mère pour  recevoir son futur époux et attendait ce dernier dans la chambre. Vers les coups de minuit, Sidi Salah se présenta et entra dans la chambre. Il ne s'approcha guère de la fille et passa la nuit dans un coin de la chambre. A un moment donné, la fille ayant eu peur de ses parents, se rapprocha de Sidi Salah qui la repoussa en la pinçant et lui dit : « Ma servante m'est interdite et la salhia sera mon épouse ». Le lendemain matin, Sidi Salah répéta la même formule au Fellah  « ma servante m'est interdite et la salhia sera mon épouse » et lui demanda d'aller voir le patriarche de la Bocca ou du Douar pour lui demander sa fille pour Sidi Salah. Le Fellah obtempéra, sachant qu'il était devant un phénomène qu'il ne pouvait expliquer, pour lui, Sidi Salah avait l'étoffe d'un Saint et il ne fallait point transgresser ses ordres. Il se présenta chez le patriarche pour lui demander la main de sa fille pour Sidi Salah. Le patriarche entra dans une colère monstre et dit :

-« Tu n'as pas honte de venir me demander la main de ma fille pour un berger que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, et pourquoi ne lui donnerais-tu pas ta fille ?

- Mais je l'ai fait, Sidi mais il n'a pas accepté. Il m'a dit en ces termes : « Ma servante ne peut être ma femme, ce n'est que Salhia qui sera mon épouse ». Le patriarche ne crut pas le fellah et le renvoya. Il s'en retourna et rapporta les faits à Sidi Salah qui resta impassible et ne dit aucun mot. Le lendemain, le patriarche qui était en même temps imam et professeur, car ayant des talebs en stage chez lui, au moment des ablutions se sentit efféminé et n'ayant plus de sexe masculin, commença à pester sur ce qui lui arrivait. Quelques minutes après, les talebs vinrent vers lui et lui racontèrent  leur mésaventure. Il leur dit qu'ils étaient tous dans le même pétrin et que c'était ce fellah et son berger qui nous ont jeté un mauvais sort parce que je leur ai refusé ma fille. Maintenant, il va falloir préparer ma fille pour ses noces et la ramener vers le berger du Fellah pour nous éviter ces désagréments et mettre ainsi fin à ce sortilège. Lorsque Sidi Salah se réveilla le lendemain, il demanda au fellah qui l'abritait d'aller  vers l'Imam patriarche pour lui redemander la main de sa  fille. Le fellah lui répondit :

-« Mais j'y étais hier et il m'a catégoriquement refusé ! Sidi Salah lui répondit qu'il acceptera sans aucune réserve et à savoir si tu ne le rencontreras pas en cours de chemin ramenant lui-même sa fille pour me la marier.

       Le patriarche maria sa fille à Sidi Salah et ce dernier  eut plusieurs enfants de par cette union.  Sidi Ahmed ben Mansour, Sidi Ahmed Ben Ahmed et un troisième dont j'ai perdu le nom, je crois qu'il s'appelle Salah comme son père.

       L'histoire des deux tombes de Sidi Salah. Il avait ses serviteurs à Louata. Il habitait loin des deux tribus ou douars. Ses serviteurs de Louata ont avisé la tribu des Merabtines que Sidi Salah était mort et qu'on allait l'enterrer. Ils prirent le linceul pour l'enterrer. Les deux tribus avaient toutes les deux préparé le tombeau, chacune dans son fief. Toutes les deux vénéraient Sidi Salah et chacune d'elles voulaient l'enterrer chez elle. Il y eut altercation entre les notables des deux tribus. Pour mettre fin à cette polémique, les plus sages d'entre eux leur ont proposé une solution équitable. Ils leur dirent que la dépouille de Sidi Salah devait rester là à mi-chemin entre les deux tribus et que ces dernières devaient revenir chez elles pour prendre soins des gens venus présenter leurs condoléances et les faire manger. Et le lendemain à partir de quatre heures du matin, (il n'y avait pas de réveil, il y avait le coq pour réveiller les gens), le premier qui arrivera au linceul verra Sidi Salah enterré dans sa tribu. Ils laissèrent le linceul de Sidi Salah dans le mausolée de Sidi Ahmed benZiane et avaient fermé la porte à clé. Pour éviter toute controverse, les deux tribus laissèrent chacune quatre vigiles pour garder le cercueil. Durant la nuit, les vigiles s'endormirent. Le lendemain matin, les deux tribus se présentèrent à l'endroit où elles avaient laissé le linceul la veille et ne le trouvèrent point. Ils passèrent à tabac les vigiles et leur demandèrent où était passé le linceul. Il leur fut répondu qu'ils s'étaient assoupis à un moment donné et lorsqu'ils se réveillèrent, il n'y avait plus de linceul. Chacune des tribus pensait que c'était l'autre qui l'avait embobinée et pris le linceul de Sidi Salah pour elle seule. Pour en avoir le cœur net, tous les membres des deux tribus se dirigèrent vers la première tombe qu'ils avaient creusée aux fins d'enterrement de Sidi Salah, et ils la trouvèrent refermée. Le même résultat fut constaté pour la deuxième tombe. Les notables des deux tribus s'en remirent à Dieu et se dirent qu'il était mieux ainsi et que Sidi Salah en homme saint, avait demandé peut-être à Dieu de clôturer à sa façon cette polémique qui avait plus  ou moins dégénéré et qui pourrait l'être encore plus. Certains notables dirent que Sidi Salah était enterré dans la Zaouia de la Forêt et que sa « Baraka » est montée vers trois marabouts. Ils avaient décidé de faire le « ta'âm » deux fois par an. Une fois chez ceux de trois marabouts et une fois dans la zouia de la forêt et c'est resté comme cela jusqu'à nos jours. On célèbre Sidi Salah par deux « ta'âm » dans l'année. Un au Printemps et l'autre en Automne.

Propos recueillis par Mohamed Boudia chez Benaziz Kaddour (ancien employé de la Sonacome).

 

Il y a un adage qui dit « Celui qui veut tout avoir, il n'a qu'à aller chez les fils de Sidi Salah »

  « Elli yebghi yeflah yaqsoud ouled Sidi Salah »

 

Il y a Sidi Salah de la forêt et celui des trois marabouts. Lui est mort chez les « louatas » dans l'Ouarsenis.

Les servants « El Khouddame »

        Anecdote durant la révolution

Durant la révolution, on raconte que sur la route menant vers Bordj Bounaâma, un convoi militaire montait vers cette dernière bourgade. Arrivé à hauteur de Sidi Salah, tous les véhicules s'étinrent et s'arrêtèrent net. Il y avait un sergent nommé Boumaza, qui était algérien, dit au Capitaine commandant le convoi. Mon Capitaine ! Ca, c'est Trois Marabouts, c'est un grand marabout musulman, il faut lui donner des offrandes sinon on ne pourra pas passer. Le capitaine ordonna aux militaires de descendre des camions et de donner les victuailles à un vieillard qui était assis là, devant le mausolée de Sidi Salah. Lorsqu'ils redescendirent, ils appuyèrent sur les démarreurs et tous les moteurs des camions, des half-tracks et des jeeps se mirent à vrombrir et la colonne poursuivit son chemin vers l'Ouarsenis.

                              Mohamed Boudia 



10/04/2009
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