CULTURE A CHLEF - EL ASNAM -

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"Un homme hors du commun" par Mohamed Boudia, écrivain

UN HOMME HORS DU COMMUN

             (Un homme assassiné par deux fois)

 

 

                                       Par

 

 

Mohamed BOUDIA



 

                    - Préambule -     

 

 

 

             Je sais qu'il est difficile par moments de rapporter toute la vérité crue sans anicroches. Ne dit-on pas que « la vérité blesse ». Il m'a été donné de faire des recherches sur cet homme illustre, vrai figure du patriotisme algérien et arabe en général. Il n'a jamais su, bien qu'il soit un homme de lettres et de théâtre, différencier entre son amour pour la patrie et les causes justes et son amour pour les lettres et le théâtre qui lui prenait tout son temps. Il avait la soif du savoir et de la prestation théâtrale. Il avait côtoyé les meilleurs dramaturges et s'en était inspiré. Il voulait se donner un cachet unique en son genre. Malgré les vicissitudes de la vie carcérale, il a su créer et adapter des pièces de théâtre et en faire goûter la plénitude du bonheur aux prisonniers politiques qui l'admiraient beaucoup pour son allant et sa dynamique. Quoi que j'écrive sur cet homme, je ne pourrais jamais lui rendre un hommage comme il le mérite. C'était un géant du militantisme et du théâtre en même temps. Il a su allier les deux pour en faire son quotidien et son hobby.

 

                    

                           - DEDICACE

 

           Je dédie cet humble ouvrage à tous ceux qui de par le monde, ont, un jour aimé leur patrie à en mourir en exil. Je le dédie aussi à tous ceux qui aiment les belles lettres et le théâtre populaire en leur demandant d'avoir une pieuse pensée pour ce géant du théâtre qui a su faire aimer son art à tous ceux qui l'approchaient. Je le dédie aussi à tous ses amis et confrères qui l'ont soutenu et aidé dans sa tâche combien ingrate. Il a su vaillamment passer le message à la postérité et nous lui devons un hommage sans pareil pour tout ce qu'il a entrepris et fait pour la mère patrie. Je le dédie à mes amis Medjdoub Ali,    chirurgien-dentiste, écrivain et journaliste, à Mohamed Ghriss, écrivain et journaliste, à Boufellouh Abdelkader, directeur d'école en retraite ainsi qu'à Djilali Bencheikh, écrivain et chroniqueur « au fil des pages » sur Radio Orient à Paris, sans oublier mon ami d'enfance, Metmati Djilali, Directeur de CEM en retraite ainsi qu'à Didouna Ali, professeur en retraite et écrivain. Je n'oublierais pas de le dédier aux familles des victimes de la bêtise humaine dans le monde en espérant des jours meilleurs pour ce monde devenu de plus en plus mesquin et mercantile.

 

 AUX AMIS LECTEURS, JE TIENS A LEUR DONNER ICI, UN APERCU DU LIVRE "UN HOMME HORS DU COMMUN" afin de les mettre au parfum de l'assassinat de ce illustre homme de théâtre et militant de la cause algérienne, arabe et palestinienne et susciter en eux le désir d'une lecture saine et engagée en même temps. Bonne lecture à tous !

 

 

 Mohamed BOUDIA est né en 1932 à Alger dans la Casbah (haute) fils d'Ali et Challal Khedoudja. C'était le vrai fils de la capitale.

                   

                    Durant l'année 1947, Mohamed Boudia rejoint les rangs des Scouts Musulmans Algériens dans le groupe « Chihab » qui évoluait à la Casbah.

 

                    Il avait effectué son service militaire de 1950 à 1952 dans la ville de Dijon, en France. Il avait lié des contacts avec les nationalistes de cette ville. Il entreprit de lier connaissance avec les hommes de théâtre et écrivit plusieurs pièces.

                   

                   Il sillonnait la France avec son ami Mohamed Zinet et essayait de porter le message vers les émigrés pour les intégrer à la révolution algérienne.

                    

                    En 1955, alors qu'il était en France, il s'engagea corps et âme dans l'Organisation Clandestine du Front de Libération Nationale en France (O.C.F.L.N.). Il s'engagea dans cette organisation pour participer à la libération de son pays.

                  

                    Très tôt, naîtra chez lui, un sentiment d'amour pour la cause de la libération de sa patrie, l'Algérie, sous le joug du colonialisme français. Il a su comprendre et assimiler le problème algérien ainsi que la situation politique de son pays de par les séjours forcés dans les prisons françaises. Durant l'année 1958, il fut arrêté, condamné pour atteinte à la sûreté de l'Etat et pour sabotage sur le territoire français et incarcéré à la prison des « Baumettes » à Marseille, puis transféré à Fresnes où il trouva devant lui les plus grandes figures de la Révolution Algérienne, telles Ben Bella, Boudiaf, Khider, Lacheraf, Ait-Ahmed. Il fut transféré par la suite à la prison d'Angers. D'après certains, il réussit à s'évader en 1961 et rejoint la troupe de théâtre du F.L.N à Tunis.

 

                   C'est le seul qui a su allier le militantisme politique et l'activité culturelle car il était homme de théâtre, en même temps que son parcours de militant pour la cause algérienne. Il a écrit et joué lui-même plusieurs pièces de théâtre.

                     

                    Il était journaliste, écrivain et dramaturge. Il avait écrit et joué lui-même dans la chapelle de la prison où il était incarcéré deux pièces de théâtre, l'Olivier et le Malade Imaginaire qu'il avait traduits en arabe dialectal. Dans la prison où il était incarcéré, il avait pour compagnon de cellule, Etienne Bolo, qui devint son ami. Il le questionnait sur les pièces de théâtre et les auteurs qui pourraient mieux s'adapter au contexte révolutionnaire et expliquer aux prisonniers le combat des algériens pour la libération de leur patrie et essayer de sortir les prisonniers algériens de leur vie carcérale et leur donner l'espoir d'une Algérie libre et indépendante. Il demandait l'avis à son ami Etienne Bolo quels étaient les auteurs qui pourraient le mieux expliquer les raisons du nationalisme et le combat politique. Il ne dissociait jamais ce dernier du combat culturel, qui pour lui, était une arme des plus redoutables. C'était un universaliste et progressiste en même temps.

 

                   Etienne Bolo, son ami d'incarcération rapportera un témoignage que je vous citerais volontiers car il a son importance dans la vie de Mohamed Boudia : «Il m'a immédiatement expliqué ses projets : organiser dans la détention un groupe théâtral qui permettrait à tous les «frères » de sortir de leur léthargie carcérale et de s'exprimer culturellement. Il m'a bombardé de questions et m'a demandé quelles pièces et quels auteurs – Shakespeare, Molière, Brecht – conviendraient le mieux à cette entreprise. Il ne séparait jamais le combat politique du combat culturel et il menait l'un et l'autre dans l'esprit de l'universalisme progressiste.» (Etienne BOLO).

               

                      Mohamed Boudia a écrit une autre pièce de théâtre en prison en plus de l'Olivier, il l'avait titrée « Naissances ». Il avait même adapté plusieurs textes dramatiques français en les traduisant en arabe dialectal.

 

                      Je n'omettrais pas de citer Mourad Boureboune qui est écrivain et homme de théâtre pour son côtoiement  avec Mohamed Boudia durant leur séjour en France. Mourad Boureboune était romancier et homme de théâtre. Durant la révolution, il était membre de la commission de presse et de l'information de la Fédération de France du Front de Libération Nationale dès les débuts de l'année 1959. A l'indépendance, il est nommé rédacteur en chef d'El Moudjahid. Apres avoir suivi des études supérieures en Lettres Françaises à l'Université de Constantine, il s'inscrit à la Sorbonne à Paris. Sa passion était l'écriture ainsi que le théâtre qu'il adorait comme tout. Dans le quartier latin à Paris, il avait côtoyé les comédiens et s'engouffrait dans le milieu intellectuel des gens qui se vouaient corps et âme au théâtre. Il participa bien tôt à la création d'une revue portant le titre de Théâtre Populaire. Si Berthold Brecht était une référence pour le théâtre en Europe, Mourad se fit un devoir de jouer une pièce de Kateb Yacine, « le cadavre encerclé », présenté par Jean-Marie Serreau en 1958.

 

                        Avec la venue de Ali Haroun à la tête du comité fédéral de la Fédération de France du FLN ; Mourad fut pris comme son adjoint direct. Il n'a jamais cessé d'écrire. Son roman « Le mont des genêts » paraîtra en 1962 à Paris.


En 1961, il rencontre Mohamed Boudia qui s'était évadé de la prison et passé à Tunis pour poursuivre son combat par la plume et le théâtre. Ils étaient tous les deux,  très passionnés de théâtre et pensaient que l'indépendance nationale devait aussi libérer la culture algérienne des entraves traditionalistes, dans la pluralité des langues, se retrouvent à Alger en 1962. Mourad Boureboune devient rédacteur en chef du quotidien du FLN, El-Moudjahid ; il est ensuite chef du cabinet du ministre du Travail et des Affaires Sociales.

 

                   Durant la période postindépendance, Mohamed Boudia obtint la charge du Théâtre National. Tous les deux s'employaient à donner un nouvel élan à l'action théâtrale en lançant des revues et des publications pour mettre en exergue les débats sur la culture nationale qui étaient repris dans « Révolution Africaine » que M. Harbi dirigeait alors. Le principal animateur de la revue « Novembre » qui n'était autre que Mourad Boureboune, avait participé à cette effervescence culturelle menée de front avec l'instauration de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Vers la fin de l'année 1963, il est co-fondateur de l'Union des Ecrivains Algériens qui fut secouée par des affrontements inter parti et inter état. Au début de l'année 1964, il participe à la médiatisation de la charte d'Alger engagée dans l'espoir d'un mouvement socialiste au niveau du journal « Alger Ce Soir ». Il avait accepté d'entrer à la commission culturelle du parti FLN. Juste après le congrès du parti FLN en 1964, il prend ses distances et démissionne de tous ses postes officiels.  Après le coup d'Etat du 19 Juin 1965, il rejoint l'ORP avec M. Harbi et H. Zahouane ainsi que Mohamed Boudia. Il fut envoyé en mission en France par l'ORP à Paris où il poursuit sa tâche littéraire et publie des romans et surtout ses livres de poèmes.

 

 

                   Après l'indépendance de l'Algérie, Mohamed Boudia occupa le poste de Directeur du Théâtre National d'Alger. Au cours de cette période, il écrit plusieurs pièces de théâtre.

 

                   Par la suite, il devint directeur du journal « Alger, ce soir » puis de la revue « Novembre ». L'artiste, l'écrivain, le militant des causes justes alliaient tous ses talents qui convergeaient tous pour une seule et même foi : le militantisme pour la cause arabe et palestinienne. Parallèlement, on lui donna d'autres responsabilités comme celle de la commission culturelle du F.L.N.

 

                     Il a été à l'origine de la nationalisation et de l'étatisation du Théâtre National Algérien avec Mustapha Kateb. Le décret de la nationalisation  de 1963 porte l'empreinte de ces deux hommes, ces deux grandes figures de la culture algérienne. Il fut aussi l'auteur du premier manifeste du théâtre algérien.

 

                     Un autre témoignage de Djilali Farès qui était photographe plus ou moins attitré du Théâtre National Algérien. Je cite «  Mohamed Boudia me disait toujours : « Je veux que tu sois l'Agnès Varda du Théâtre National Algérien. »La seule chose que je pouvais dire à une époque et qui me plaisait beaucoup c'est que j'étais photographe de théâtre. C'est vrai que j'ai fait des milliers de photographies de théâtre. Mais maintenant que puis-je dire ? La question qui se pose est bien celle de la trace. Qu'est-ce qu'on va laisser ? Mohamed Boudia me disait : « Je veux que tu sois l'Agnès Varda du Théâtre National Algérien ». Il me le répétait sans cesse.  J'ai travaillé comme photographe du T.N.A. jusqu'en 1966 tout en étant journaliste à Alger ce soir, et c'est ce qui a été fondateur pour moi. Mohamed Boudia m'avait prêté son appareil photo, et on épinglait mes photos tout autour de la pièce chez Alain Viguier qui était professeur à l'Ecole nationale d'art dramatique. Il me disait : «  Celle-ci est bonne, tu peux la garder, celle-là, non ».

 

                  Etant opposé au régime de Boumediene depuis le 19 Juin 1965 et recherché par la police, il put quitter l'Algérie grâce à des amis et il s'exila en France où il avait beaucoup de contacts.  Le sevrage forcé avec les milieux culturels algériens ont pesé dans sa vie de militant et d'homme de culture. Il voulait organiser l'opposition et il se rendit compte que les choses n'étaient pas si faciles que ça. Sa perspicacité lui valut d'allier le combat culturel et le militantisme pour la cause arabe et palestinienne. Il milita au sein de l'Organisation  Révolutionnaire Populaire (O.R.P) dont il fut l'un des principaux fondateurs les plus dynamiques. En 1967, il participa à la fondation d'un nouveau parti, le nouvel F.L.N clandestin dont il fut l'un des principaux dirigeants.

 

                   C'était un poète, un homme de théâtre, un écrivain et un militant hors du commun.

                       Par  Mohamed Boudia, écrivain à Chlef



27/07/2009
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